Nous Contacter
Marion Roussel
Coordinatrice du projet SOURCE
nous ecrire par mail
Téléphone : + 33 (0)4 73 34 70 71
Né à Paris en 1946, Michel Thomas-Penette, biologiste de formation et ancien directeur de lInstitut européen des Itinéraires culturels, a toujours manifesté un grand intérêt pour la création artistique et lécriture. Il a rassemblé tout cela en une seule passion, mettant en uvre un programme lancé par le Conseil de lEurope il y a 26 ans. Les itinéraires culturels européens regroupent 24 grands thèmes de coopération européenne, dans les cultures artistiques, scientifiques et techniques. Du ver à soie aux parcs et jardins
la biologie se marie ainsi à larchitecture romane et à litinéraire du livre
Michel Thomas-Penette est aujourd'hui Délégué Général du Réseau des Villes Thermales Historiques EHTTA.
| Date | Ville | Interventions | Résumé | Média |
|---|---|---|---|---|
| 2014-10-17 | Acqui Terme | Michel Thomas-Penette - Introduction | Je suis heureux douvrir ce septième Café de lEurope dans le cadre historique dune salle qui jouxte un véritable Café dont le Style Liberty rappelle les heures fastes où les personnalités que jimagine vêtus délégants costumes de lin et de robes à la dernière mode des cours dEurope, prolongent lheure du repas dans une atmosphère de discussions diplomatiques dont les grandes questions politiques ne troublent pas la nonchalance et la nostalgie des heures heureuses. Une atmosphère où les conflits en cours ne bloquaient pas forcément les frontières aux voyageurs mystérieux, aux diplomates anxieux, aux dandys virevoltants, ou aux historiens épuisés par leurs recherches, tous venus chercher dans le Grand Hôtel des Thermes un repos et une cure pour écrire ensemble les épisodes dune histoire à la recherche dune paix retrouvée : celle du corps et celle des hommes. Nous sommes donc réunis dans un Café et nous savons tous combien nous apprécions le café italien : court, parfumé, long en bouche. Mais dans cette salle qui réunit les organisateurs des sept autres Cafés de lEurope, nous pourrions aussi évoquer le café de Spa accompagné de spéculos, celui de Baden-Baden où le plaisir nest complet quen y ajoutant de la crème un peu épaisse, ou bien encore la liqueur café dOurense propice à la convivialité des heures tardives et très certainement le thé du milieu de laprès-midi qui nous attend à Bath, accompagné de quelques muffins. Et je noublie pas pour autant le café turc qui nous sera servi à Bursa à la fin de lannée prochaine. Autant de « manières de table ». Autant de formes de convivialité propres à chacun des pays qui composent le kaléidoscope dEHTTA. Mais nous nous retrouvons aujourdhui dans lidée dexaminer ensemble comment lhistoire de lEurope a construit nos villes, en a constitué la substance humaine et intellectuelle, parfois malgré elles et parfois contre elles quand lEurope était entraînée dans le tourbillon des conflits. Ce rassemblement est riche par lui-même dune diversité dhistoires et de personnages, darchitectures et de lieux daccueil qui ont tissé lhistoire commune de lEurope, qui nous ont constitué comme des Européens, responsables dun héritage, dun patrimoine et dune culture. Sengager à relire ensemble cette histoire et à en raconter les histoires comme si des personnages amis, juste un peu oubliés, revenaient nous visiter aujourdhui, constitue un défi et surtout un engagement de tous ceux qui tracent la route dun siècle à lautre, dun regard émerveillé à un autre. Erik Orsena décrivait en peu de mots dans « Villes deaux » cette surprenante constance de latmosphère des villes thermales dont nous avons la charge et le devoir dassurer ensemble la continuité moderne : « Les villes deaux sont fécondes et alimentent tous les mythes et toutes les interprétations. A lheure des cocktails, quand on shabille pour les soirs, quon passe sur son visage les dernières couches de couleur, quand le crépuscule tombe, cest linstant des histoires chuchotées à mi-voix, des mystères contés dans la pénombre. Valery Larbaud dit lennui des jeunes filles immobiles, comme paralytiques de leurs propres émois. Milan Kundera y fait danser les dernières valses, celles de tous les adieux. Katherine Mansfield y reconnaît la longueur des jours et y mesure les règles dune société, lordre dune Allemagne. On se raconte les aventures de Rousseau à Enghien, quand une société de dames tenait salon au bord du lac, ou celle de Lamartine à Aix. » Nous sommes un rassemblement et donc un espace de partage. Et cette histoire doit continuer grâce à nous ! Merci à tous dy contribuer ! |
|
| 2014-10-17 | Acqui Terme | Michel Thomas Penette - Conclusion | Je débutais cette réunion en parlant de lieux dexception, de lieux de dialogue, de lieux vivants dont nous prolongeons la vie. Nous venons de terminer en écoutant les magnifiques écritures...jai failli dire les « voix » de deux écrivains européens Cesare Pavese et Jean Giono - liés par leurs origines et par leur vie à la Région du Piémont et pour lesquels le voyage immobile a constitué un moyen étonnant pour transformer lancrage territorial en un sentiment duniversel. Voyager ce nest donc pas forcément parcourir, se déplacer physiquement, cest aussi rêver et retrouver des mythes universels qui ont permis à Homère de raconter - en mentant - les voyages dUlysse et à Jules Verne de parcourir les Carpates, de senfoncer au plus profond des mers, de prendre un ballon pour découvrir de haut des terres lointaines, de voyager dans lespace, tout cela sans quitter sa chambre décriture. Jean Giono racontait sur une radio nationale française dans les années soixante que sa conception du roman était celle de la prolongation du rôle et de la place du conteur itinérant. Homère prolongeait lui-même par son écriture le travail de tous les rhapsodes allant de cité en cité pour broder indéfiniment la trame dun voyage qui senrichissait des réactions des publics quils rencontraient. Mais Jean Giono ajoutait perfidement que si André Gide avait dû gagner sa vie enlisant ses propres textes sur la place des villages, il serait mort de faim ! Conter, ce nest pas simplement écrire, cest entrer en osmose avec le public et ouvrir une porte à sa participation directe. Conter, cest aussi mentir vrai. On dit encore que « Lécrivain est du côté du non savoir, ce qui ne lempêche pas pour autant de faire uvre de pédagogue. » On pourrait ajouter que limagination, comme la sociologie ou lhistoire - au sens de Pierre Bourdieu ou de Fernand Braudel - est « un sport de combat ». Et nous avons pu aujourdhui écouter des historiens qui nous ont permis, en évoquant les pratiques religieuses de lantiquité jusquà celles, hédonistes, de la postmodernité des loisirs, dapprendre à raconter, à interpréter et à dialoguer au-delà des frontières. Chercheurs dun côté, écrivains de lautre, ils nous ont tous pris par la main pour nous permettre de relire, de tous nos sens, ces cités idéales, parfois même ces décors de cinéma quévoque magnifiquement Bernard Toulier en 1994 : « Ces lieux de villégiature sont aujourdhui des villes à forte identité patrimoniale. Elles sont conçues comme des cités idéales pour réparer les méfaits de la ville industrielle, guérir le corps malade et lui donner les bienfaits du confort et du bien-être. » Et il ajoute : « Cet héritage est un gage de leur modernité et sa transmission leur seule chance de survie. » Merci à tous de votre présence et rendez-vous à Bath, dans une autre de ces cités idéales. |
|